L'art et la prison civile de Mirebalais

L'art et la prison civile de Mirebalais : comment peut-on les concilier ?


«  L'être isolé ou la civilisation qui n’accèdent pas à l'art sont menacés d'une secrète asphyxie spirituelle, d'un trouble moral, dit René Huyghe dans Sens et destin de l'art ». Demeurant dans toutes les civilisations, l'art aide l'individu à interpréter le monde qui l'entoure.

Si on se réfère aux choses du mot, alors on peut constater  que, même les espèces hominidés de la préhistoire avaient recours à l'art dans le but d'assurer leur survie. Homo habilis se sert des bifaces comme outil pouvant lui aider à se nourrir. Dans les grottes, dont la grotte Chauvet, l'homme  Néandertalien laisse des traces digitales, représente leur proie dans les parois et  manifester leur capacité  d'abstraction et d'anticipation.

 De nos jours, avec les travaux réalisés en sciences humaines et sociales, on peut affirmer que l'art a non seulement une fonction jouissance, mais également utilitaire dans la société. C’est pourquoi il est enseigné dans des établissements, notamment les différentes prisons dans le monde. Toutefois, en Haïti  plus précisément la prison civile de Mirebalais, c'est le contraire. Dans cet endroit, on peut procéder au constat de l'absence de formation artistique et culturelle pour les détenus. De ce constat, on se demande alors, si la prison civile de Mirebalais constitue-t-elle réellement un lieu de réinsertion pour les détenus ? En tout cas, l’idée, c'est de promouvoir à travers la démarche  pluridisciplinaire, la formation artistique et culturelle dans la prison civile de Mirebalais en vue d'établir un lien entre les détenus et la  société, tenant compte d'une approche synchronique et diachronique, basée sur les données des archives.
 
Alors, comment l'art est-il perçu dans la société ?

Dans son sens étymologique( Teknè=grec), c'est-à-dire, savoir faire, l'art est la production humaine opposée à la nature. Considéré comme imitation( mimèsis), il  n'était pas toujours agréable aux yeux de l'autre. Certain reproche les artistes qui veulent tromper nos sens en imitant le monde sensible. Pour d'autre, il s’agit d’amener quelque chose à l'existence. En dépit de toutes discussions faites autour de ce concept, il joue encore, bel et bien son rôle dans la société, notamment dans les prisons qui sont considérées comme lieu de réinsertion, de redressement des corps. Donc, pourquoi des ateliers d'arts et d'artisanats sont absents dans la prison civile de Mirebalais ? Alors, une brève présentation de la ville.

Fondée en 1702, Mirebalais est l'une des villes située dans le département du centre d'Haïti. Ayant reçu ce nom par rapport aux nombres d'animaux sauvages que contenait ce territoire, la faune rappellerait les premiers français la petite zone appelée Mirebalais située dans le Poitou en France.
 La ville de Mirebalais est traversée par le fleuve Artibonite, peuplée de 88 899 habitants ( recensement en 2009). On y pratique de l’élevage, la production de la canne à sucre, du riz et du pois Congo. Ces derniers en représentent l'économie locale. Baptisée la cité de Benoît Batraville, elle est réputée pour l'une des zones de résistance durant la période de l'occupation Américaine d’Haïti( 1915-1934). Composée de plusieurs monuments historiques dont le fort Anglais( architecture militaire en ruine), la fête patronale de cette ville est célébrée dans le mois d'août. À l'occasion des festivités, les habitants de cette ville profitent de valoriser leurs produits locaux. La ville se compose de plusieurs architectures défavorisées dont une prison civile. Alors, comment est-elle présentée cette prison ?

Construite en 1957, la prison civile de Mirebalais est une veille prison de Militaires et des Volontaires de la Sécurité Nationale ( VSN). Après tant de réhabilitation, cet établissement se compose d’une surface d’accueil de cent quatre-vingt-et-un mètres carrés et quinze centièmes (181m2 15) pour accueillir une population de  soixante-douze détenus(72). Et le 13 octobre 2009, cette prison garde un nombre de 172 détenus.

Elle dispose de sept cellules soit six(6) pour homme et garçon et une(1) pour femmes, le bâtiment est fissuré. Composée d’un(1) cour de récréation, d'un dispensaire non équipé, un(1) bloc sanitaire et un dortoir pour argent, les détenus accueillent les visiteurs dans l'espace même de la détention. 

Condition de vie défavorisée, insalubrité, bloc sanitaire non équipé, surpopulation carcérale, cette situation est présente dans nombreuses prisons du pays. Elle est décrite et véritablement critiquée par plusieurs couches placées dans la société. Pour décrire cette réalité, dans un texte intitulé : Prizon federal, le rappeur Elysé Senora dit ( Blaze  One) essaie de faire la radiographie du Pénitencier National (penitansye nèg ap watè nan figi nèg). plusieurs rapports ont été sortis par le Réseau National de Défense des Droits Humains ( RNDDH Cependant, malgré toutes ces plaidoiries aucune mesure n'a été prise pour améliorer la condition de vie des détenus des prisons civiles d'Haïti, celle-ci est valable pour la prison de la ville de Mirebalais. Donc, tout cela explique le sens d’irresponsabilité des autorités de la ville dans l'administration judiciaire. Ainsi, on se demande , si cette catastrophe n’est-elle pas une atteinte aux droits humains ? Alors si l'atteinte est portée, comment peut-on considérer l'individu dans ce cas-là ?

Tout d’abord, un individu qui, après être jugé, trouvé incarcérer dernière les barreaux sans bénéficier d'une formation pouvant lui réinsérer  n'est  pas foncement coupable, il est victime de préférence du système qui lui condamne afin de ne pas être utile à la société. Il est inutile  d'emprisonner un individu sans tenir compte des mesures pouvant lui conduire sur la voie de réinsertion. Car, après avoir pigé sa peine, il doit retourner au sein de cette même société qui lui avait condamné pour y diffuser de nouveaux comportement hors normes accumulées dans cette prison où il était détenue. Et  s'il est condamné à perpétuité ?

 Dans ce cas-là, sa formation doit être toujours privilégiée car, est détenu ne veut pas dire pour autant qu'on est cessé d'être utile à la société. Une personne privée de sa liberté peut toujours apporter sa contribution aux problèmes posés  dans la  société en vue d'en trouver une solution. Marcel Delaris était en captivité dans les années 1940 en Allemagne, il réalisait plusieurs œuvres qui allaient exposer au musée d'Elne. Dans le centre Pénitentiaire de Guantanamo, plusieurs œuvres artistiques ont été réalisées. Nombreuses ont été présentées dans une exposition intitulée : Ode à la mer jusqu'en janvier 2018. Donc, cette réalité n'est pas forcément présente en Haïti. Et comment fonctionne-t-elle  l'administration judiciaire à Haïti ?

La question de l'application de la peine afflictive sur le sol d'Haïti est de veille date. Vous en avez oublié ? Alors, un peu d'histoire…
Bien avant l'indépendance, le code Noir promulgué par Louis 14  en 1685 réglementait le régime de pénalité  dans la colonie. Soumissent à la volonté de leurs maîtres, les esclaves étaient considérés comme des biens meubles dans les colonies. La prison pénale était absente sous l'ancien régime et la justice était considérée comme un monstre aux yeux des esclaves à l'époque. Il fallait attendre le lendemain de l’indépendance pour instaurer un régime de pénalité moderne en Haïti pour que la peine de prison fut remise entre les mains de l'État. À titre d’exemple, l'article 20 de la constitution impériale du 1805 stipulant : la loi est une pour tous, soit qu’elle punisse, soit qu’elle protège. Avec le code pénal haïtien de 1825, l'administration judiciaire allait être contrôlée. D'où la considération de la prison en tant que lieu correctionnel.

Organisée par la loi du 16 décembre 1918, l'administration judiciaire qui a pour but de contrôler les prisons a été créé durant l'occupation Américaine. Selon l'article 1 du code de l'instruction criminelle, cette mesure de contrôle est sous la direction des autorités judiciaires. Avec la loi du 31 mars 1978, ensuite, le décret du 1987 basant sur les  généraux des forces armées d'Haïti, une modification a été portée au sein de l’organisation. Suivant l'article 3-56 des règlements de ces forces armées, ce sont les FD’H et les autorités judiciaires qui administrent la direction des prisons.

Toutefois, l'accès aux lieux de détention n'était pas toujours donnée aux autorités  judiciaires. Face à ces inconvénients, le général Prosper avril promulguait un décret datant du 19 septembre 1980 basant sur la mise en œuvre d'un organisme à caractère administratif de concert avec le ministère de la justice et l'Administration Pénitentiaire Nationale ( APN).  Dissocié par le présent Jean-Bertrand Aristide en 1995, les  FD'H ont été remplacés par la police nationale d’Haïti ( PNH) contrôlée sous la tutelle du ministère de la justice. Et le 24 avril 1997, un décret est promulgué pour associer la Direction de l'Administration et des Services Généraux  à l'Administration Pénitentiaire. Cette fusion donne naissance à la Direction de l'Administration Pénitentiaire. En 2004, c'était l'apparition de la MINUSTAH en Haïti qui aura été remplacée par Minujusth depuis le  15 octobre 2017.

Pourtant, passant par les forces armées d'Haïti pour aboutir à la Police Nationale  d'Haïti, la condition des vie des détenus reste de même dans les prisons civiles pour ne pas dire le pire. Cependant, il existe des rares exceptions de cette règle présentée dans l'administration judiciaire à Haïti.

Selon le rapport du 2018 sorti par le RNDDH, pour le système pénitentiaire haïtien, la formation et l’éducation sont défavorisées. Dans cette règle présentée, rares sont les prisons qui donnent aux détenus l'accès aux activités en plein air, soit une heure au plus par jour. Dans ce cas-là, l'accès est possible, tout dépend des activités journalières de la prison. Dans les autres cas, les détenus ne sortent dans leurs cellules que pour prendre leur bain. Toutefois, l'exception est faite dans quelques rares prisons établies  privilégient la formation aux détenus dans le pays. À titre  d'exemple, les mineurs de CERMICOL et celles de la prison de Cabaret. Ces derniers reçoivent une formation donnée de la 1ere à la 9e année fondamentale. Ils peuvent suivre des formations professionnelles telles ; la plomberie, la couture, la  cordonnerie, macramé…  Donc, quant à la prison civile de Mirebalais, les données actuelles doivent être changées pour que cette administration reste cohérente avec sa fonction. Pour cela, des interventions avec des spécialistes en sciences humaines et sociales, et ceux de la nature doivent faite au sein de cette prison.

La formation artistique et culturelle des détenus de la prison civile de Mirebalais doit être privilégiée tout en tenant compte de leurs valeurs. Suivant l'article 30-31 de la constitution haïtienne de 1987 accordant la liberté des religions, le travail doit être effectué. Transformer cette prison en lieu pouvant accueillir des ateliers d'arts et d'artisanats. Delà, par l'intermédiaire de la peinture, sculpture, poésie, théâtre(..), leurs désirs peuvent être exprimés. L'art peut être utilisé pour eux comme une thérapie dans le cas où ils sont traumatisés ou stresser. Donc, ces moyens peuvent être  utilisés comme aide pour eux à supporter le monde carcéral. Et ils peuvent également faciliter la reconstruction des détenus, afin que ces derniers puissent reprendre confiance. De là, à travers leurs œuvres, ils peuvent rester connecter avec la société.

Donc, compte tenu de la conjoncture actuelle de la prison civile de Mirebalais, elle est loin  d'être représentée comme un lieu de réinsertion. Elle est perçue de préférence pour le lieu de la destruction massive par excellence des potentiels génies de la ville. Pour sauver les membres de la population de cette catastrophe, il faut éduquer les détenus sur le plan artistique et culturel en faisant  appel aux différents spécialistes des sciences humaines et sociales et ceux des sciences naturelles pour en  discuter afin d’établir un lien entre les détenus et la société. Se kilès ki vle e ki kapab mete klòch la nan kou chat la ?

Auteur : Wady LEVY

L'auteur de l'article est  étudiant en histoire de l’art et archéologie à l'Université d’État  d'Haïti.


Bibliographie :

-Feguès Germain, Mirebalais à travers l'histoire d'Haïti , [Archive]
-Foucault Michel, Surveiller et Punir. Naissance de la prison, Paris, Gallimard, 1975. 
-PIERRE Sauvanet, Éléments d’esthétique, Ellipses poche, Paris, 2014.
 -PLATON, La république, Livre X, trad.G. Leroux, Garnier Flammarion, Paris, 2002.
-René Huyghe, Sens et destin de l'art, de la préhistoire à l'art Roman tome 1, Paris, Flammarion, 1992.
-WEBER Patrick, Histoire de l’art et des styles. Architecture, peinture, sculpture de l'Antiquité à nos jours, Paris, Librio, 2005.
-Document électronique :

-ISH, Population totale, Population de 18 ans et plus ménages et densité estimés en 2009, document PDF, mars 2009. [Archive]
-Le Nouvelliste, Blaze One «  Je suis au dessus de tous les rappeurs », document en ligne<https://www.google.com/url?Sa=t&source=web&rct=j&url=https:/www.lenouvelliste.c om/article/2013, consulté le 11 novembre 2019.
-MINUJUSTH, Haïti : Antonio Gouterres salue le lancement de la nouvelle mission de l'ONU dans le pays, document en ligne< UN News :http ://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?News ID=40376#.WeUuyxNsEZ>,2017, consulté le 10 Novembre 2019.
-Open Edition, Marcel Delaris, Artiste peintre et Prisonnier de guerre ( 1940-1943), Presse universitaire de Renneshttps://www.goole.com/url?Sa=t&source=web&rct=j&url=https://books.openedition.o rg/pur/5493%3Flang, 2018, consulté le 8 novembre 2019.
-RNDDH, Le RNDDH présente la radiographie des prisons du pays, document PDF, Rapport-Prison-2009.
-RNDDH, Fonctionnement du système pénitentiaire haïtien de janvier à octobre 2018, document PDF, RNDDH-Rapport/A2018/N08, 2018.
-Appel à communication, «  COLLOQUE culture, Art et prison », musée national d'histoire de l'immigration, document PDF, Paris, 2017.
-Discographie :
-BLAZE One, Paroles et musique, «  Prizon federal « , 2010, Haïti, Dynasty, 2015 MP3.

© Émancipation, 8 février 2020. 

Commentaires

Enregistrer un commentaire